La vraie vie, ça commence quand ?

Aventures quotidiennes d'une étudiante lilloise passionnée par ... des tas de choses ! Société, TV, musique, autres médias, Belgique, journal, essais, Italie, France, Irlande, amour, haine, amitié, rock'n'roll, bicyclette, Histoire...

08 mars 2009

Ah le petit vin blanc, qu'on boit sous les tonnelles...

Un samedi matin, une place, un café. La terrasse est vide en ce début de mois de mars, mais ouverte. Je m'y installe et commande un vin blanc. La serveuse est la patronne, elle comprend un peu le français et me souhaite une bonne journée. Les pavés brillent d'humidité, mais emmitouflée dans ma grande écharpe rouge je me sens bien. Ou je ne me sens pas. La -non-sensation est difficile à définir. J'observe les passants, ils sont nombreux à revenir du marché. Le beffroi sonne les 11h30 et je vois derrière la vitre des vieillards buvant une soupe. Chacun de ces êtres est tellement différent, je me demande ce qui fait leur fierté. Un homme aux cheveux gris promène un petit chien. Le considère-t-il comme le plus mignon des caniches ? L'aime-t-il comme on aime un enfant, un ami, un objet? Peut-être appartient il à son épouse. Une trentenaire au jean délavé rejoint une vieille dame. Se sent elle plus jeune qu'elle ne l'est avec ce pantalon improbable et mal ajusté ? A-t-elle réfléchi en faisant cet achat, était-ce par défaut, par dépit ? J'ai du mal à m'imaginer le contraire. Une dame permanentée s'arrête quelques secondes devant moi, est-ce son âge qui l'handicape, l'oblige à reprendre son souffle, ou pose-t-elle son cabas pour épargner son dos fragilisé ? Aucun jeune de mon âge. Peut-être dorment-ils, ou récupèrent-ils de leur folle soirée, ou regardent une de ces émissions abrutissantes que je chéris tant. Un homme vient d'entrer dans le café-brasserie en promettant un chocolat chaud à ses trois enfants. La femme a l'air plus qu'agacée, et desespérée, elle tente de le raisonner, "non, pas ça juste après le déjeuner Farid, enfin..!". Un homme passe et m'observe tout en marchant. Il tient un petit bouquet de roses blanches. Quelles questions peut-il se poser à mon sujet ? "Qu'est ce que cette fille écrit?" ou plutôt "Qu'est ce qui peut bien rendre cette fille si malheureuse pour qu'elle s'alcoolise le sang, seule, un samedi matin? C'est pathétique." Je ne me sens pas vraiment pathétique, là. Visiblement il n'est pas le seul à se faire cete réflexion, une femme au cheveux blonds bouclés me dévisage avec dédain, interloquée. J'aimerais que D. passe par là en voiture, m'aperçoive, me rejoigne et lise silencieusement son livre. Je dis "son" car il lit toujours le même. Une fois la dernière page achevée, il le ré-entame à nouveau, encore et encore. Je ne sais ce qui le fascine dans ce roman historique de la seconde guerre mondiale. Un homme a l'imperméable violet barriolé du dessin d'une planche de surf passe. Il sait à peine marcher, boite, et tient une vieille bicyclette à la main. Pense-t-il vraiment pouvoir faire croire au monde qu'il est encore capable de rouler ? Ou est-ce sa vérité à lui qu'il espère tromper. Où a-t-il bien pu récupérer ce manteau? De toute évidence, il ne l'a pas acheté lui même. Peut-être l'a-t-il eu dans un équivalent du Relais français, ou à son gendre. Il fallait ne pas le connaître pour lui offrir un tel vêtement. Une jeune fille traverse la rue. Je l'imagine déjà dans 20 ans, avec la même vulgarité. Elle porte une paire de leggings noirs entré dans ses bottes pointues à hauts talons, un perfecto noir en skaï, quelques rondeurs au dessus de la ceinture et un postérieur conséquent. Elle fume dans une fausse nonchalance une cigarette. Je fais un sourire à un homme au bon capital sympathie. Il tient avec précaution une petite boîte de pralines. Soit il fait partie des hommes naturellement -ou pas- attentionnés, soit il a quelque chose à se faire pardonner. Je m'attendris devant un jeune couple poussant un landeau, j'ai l'impression d'avoir le regard d'une femme proche de la mort. Un motard tire sur son accélerateur alors qu'il suit en plein centre-ville un véhicule à 20km/h. Pense-t-il que ce geste puisse impressionner les autres hommes, ou les femmes ? Assouvit-il son besoin d'affirmer une pseudo-virilité ?

Je ressemble à tous ces gens. J'ai aussi des fiertés idiotes, des préjugés préjudiciables pour autrui comme pour moi, des complexes, des envies, une soif de reconnaissance insatiable. Je regarde l'heure sur mon téléphone, je n'ai pas de montre. Il est 11h57 et D. m'a appelé. Va-t-il m'avouer qu'il -re-fume ? J'ai trouvé une boîte de Gauloises dans la poche de sa veste. Je le rappelle, il m'a appellé sans raison dit-il. Bien, j'attendrais qu'il souhaite m'en parler. Je raccroche. Je commence à avoir froid. Je reviendrais à cette table.

Posté par Schaublatt à 13:06 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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